Cinq ans après l'assassinat de Jovenel Moïse, un tribunal fédéral à Miami a prononcé des verdicts de culpabilité à l'encontre de quatre hommes, reconnus coupables d'avoir conspiré pour tuer le président haïtien, assassiné dans sa chambre en juillet 2021. Sean McLaughlin, assistant du procureur fédéral, a décrit l'affaire comme « une histoire de cupidité, d'arrogance et de pouvoir » lors des plaidoiries finales.
Cependant, pour la population haïtienne, la situation reste floue et insatisfaisante. Comme le souligne The New York Times, « les condamnations pour complot n’ont pas permis de déterminer qui était derrière l'assassinat ». Ce procès s'est concentré sur le complot sur le sol américain, sans élucider les véritables commanditaires du crime.
Les éléments révélés au cours du procès montrent que pour moins de 300 000 dollars (soit 254 730 euros), ces accusés ont engagé un groupe d'anciens soldats colombiens pour tenter de renverser Moïse. Les procureurs ont fait état de leur intention de remplacer le président par un successeur disposé à leur accorder des contrats lucratifs dans le cadre de projets sécuritaires et d'infrastructure.
De nombreux observateurs haïtiens ont exprimé leur exaspération après ce procès, attendu avec des espoirs d'entendre des noms de personnalités influentes parmi les accusés. Cela a été déploré par Le Nouvelliste, où Frantz Duval, le rédacteur en chef, a affirmé : « il appartient à la justice haïtienne de faire son travail, de solliciter l'aide internationale nécessaire et d'aller jusqu'au procès ».
L’enquête haïtienne piétine
Actuellement, l'enquête en Haïti est bloquée, avec 50 suspects inculpés, y compris l'ancienne première dame, Martine Moïse. Engendrant des théories multiples sur les véritables responsables de ce meurtre, la situation reste complexe. Joverlein Moïse, le fils de l'ancien président, a exprimé sa satisfaction pour cette décision judiciaire, la qualifiant de « rare moment de reddition de comptes » dans un contexte d'impunité chronique, selon Gazette Haïti.
Les avocats de la défense, pour leur part, affirment que leurs clients n'avaient que l'intention de signifier un mandat d'arrêt au président, mandat rédigé par un avocat haïtien maintenant fugitif. Emmanuel Perez, l'un des avocats, a caractérisé cette affaire comme étant « un complot haïtien », dans lequel les accusés sont devenus des boucs émissaires.
Ce drame continue d'affecter la société haïtienne. Le vide institutionnel créé par cet assassinat a entraîné une augmentation de la violence des gangs, poussant des milliers d'Haïtiens à l'exil.
“Une infime partie du problème”
Le verdict prononcé le 8 mai a soulevé à la fois satisfaction et frustration. Comme l’a rapporté le Miami Herald, « pour les Américains d’origine haïtienne présents au procès, l'issue a été une source de joie, même si les preuves n’ont pas mis à jour les noms des commanditaires ».
Jake Johnston du Centre de recherche économique et politique à Washington a dénoncé l’idée d’un procès permettant de répondre à toutes les questions laissées sans réponse sur le meurtre, affirmant que « l’équipe de Miami ne représente qu’une infime partie du problème », et redoutant que « nous n’ayons jamais toute la vérité ».







