Bernard Bajolet, qui a dirigé la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) entre 2013 et 2017, a été condamné le 8 janvier à Bobigny à un an de prison avec sursis pour son rôle dans une affaire de tentative d'extorsion. Ce verdict évoque des questions délicates sur les pratiques au sein des services de renseignement français.
Âgé de 76 ans aujourd'hui, Bajolet a été reconnu coupable de complicité d’extorsion et d’atteinte à la liberté d’un homme d’affaires, Alain Dumenil, qui prétend avoir été contraint de rembourser 15 millions d'euros à l'État français. Les faits remontent au 12 mars 2016, après une détention au terminal 2 de Roissy-Charles de Gaulle, où Dumenil a été abordé par des agents de la DGSE.
Les accusations affirment que les agents, sous couverture, s'étaient rencontrés avec Dumenil pour traiter des pertes financières passées auprès des services. Au cours de cette rencontre, des menaces déguisées ont été formulées, montrant un album photo de ses proches, escaladant la tension. Dumenil, en réaction, avait décidé de porter plainte, remettant en question la légitimité des actes des agents.
Pendant le procès, Bajolet a admis avoir approuvé une rencontre, mais a affirmé qu'il ne s'attendait pas à ce qu'elle ait lieu dans une telle atmosphère de pression. « Les choses ne se sont pas déroulées comme elles auraient dû », a-t-il déclaré. Ce procès a illuminé une facette moins connue du renseignement en France, où les opérations de la DGSE sont parfois obscures et restent en dehors du contrôle judiciaire strict.
Cette affaire met en lumière des questionnements sur la discrétion des services de sécurité de l'État et les conséquences de leurs interactions avec le monde des affaires. Des experts en droit pénal et en éthique des affaires, tels que le professeur Jean-Luc Robert de l'Université de Paris, soulignent l'importance d'établir des mécanismes de surveillance. « La nécessité de garantir l'intégrité des pratiques de renseignement est primordiale pour maintenir la confiance du public », commente-t-il. Ce jugement est également le résultat d'une enquête de longue haleine ayant duré près de dix ans, reflet d'un système judiciaire parfois lent à réagir face aux abus de pouvoir.







