Le silure, ce poisson gigantesque qui suscite des avis tranchés parmi les pêcheurs, a récemment été classé comme "susceptible de créer des déséquilibres biologiques". Toutefois, contrairement à la situation en Gironde, une mise à mort systématique n'est pas envisagée.
Fluctuat nec mergitur. Actuellement, le silure glane, reconnu comme le plus grand poisson de nos rivières, est au cœur d'une polémique. Sa taille impressionnante et sa voracité le qualifient pour certains de véritable ogre des eaux, tandis que d'autres, passionnés de pêche, admirent sa force.
Le ministère de la Transition écologique a lancé une consultation publique du 14 février au 16 mars pour déterminer s'il fallait classifier cette espèce comme exotique envahissante (EEE). Éviter une telle classification aurait de lourdes conséquences, comme le souligne Jean-Louis Molinié, président de la Fédération de pêche de Lot-et-Garonne : "Il y avait des pressions fortes pour un classement radical, mais cela aurait été scientifiquement aberrant car le silure existe naturellement dans certains milieux en France."
Vers un équilibre précaire
Jean-Louis Molinié ajoute : "Cette situation ne concerne que les bassins Loire-Bretagne et Adour-Garonne. La présence de certaines espèces migratrices menacées a motivé ce débat." Il plaide pour une gestion locale des silures, laissant chaque préfet décider en connaissance de cause. "Si nous avions eu un classement similaire à celui en Gironde, cela aurait été catastrophique pour les pêcheurs, sans offrir de solutions réelles."
La décision de la Gironde est particulièrement controversée depuis l'adoption, le 11 février 2026, d'un arrêté qui interdit toute remise à l'eau d'un silure vivant, avec des amendes pouvant monter jusqu'à 450 euros. Christophe Guitterez, fervent pêcheur en Gironde, exprime son indignation : "Je peux être condamné si je remets un silure dans l'eau, si je le tue et le remets à l'eau, ou même si je le laisse sur la berge. Les règles sont kafkaïennes!"
À la croisée des chemins
Les débats autour du silure ne s'arrêtent pas. Beaucoup perçoivent l'espèce comme un bouc émissaire face à des problèmes de biodiversité plus larges. En effet, la baisse des populations de poissons migrateurs est liée à de nombreux facteurs, pas uniquement à la présence du silure.
La Fédération lot-et-garonnaise souhaite que les décisions soient décentralisées : "Les décisions doivent être adaptées aux spécificités de chaque milieu aquatique", affirme Molinié. Un arrêté inspiré de celui de la Gironde ne serait pas bienvenu en Lot-et-Garonne.
Malgré les controverses, le silure reste un poisson de passion. Cependant, la pêche sportive doit éviter que des cadavres de silures ne soient abandonnés sur les berges. Ce phénomène est d'ailleurs en déclin grâce à une prise de conscience croissante parmi les pêcheurs. La gestion de cette espèce requiert donc un équilibre délicat entre passion, écologie et réglementation.







