Critiqué dans l'Hexagone, l’accord commercial entre l'Union européenne et les nations du Mercosur a été appliqué ce 1er mai, de manière provisoire. Ce traité, fruit d'une négociation qui s'est étendue sur plus de 25 ans, est destiné à établir l'une des plus vastes zones de libre-échange au monde, touchant plus de 700 millions de consommateurs. Selon Bruxelles, les premières répercussions de cet accord sont déjà notables.
« Les bénéfices sont tangibles et commencent à se faire ressentir. Les droits de douane diminuent et les entreprises ont accès à de nouveaux marchés », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, via son compte sur X. Dès le 1er mai, les droits de douane sur des produits tels que les voitures, les médicaments et le vin, exportés vers l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, seront « supprimés ou considérablement réduits ». Maros Sefcovic, commissaire européen au Commerce, a qualifié cette journée de « historique ».
Fortes oppositions françaises à l’accord
Bien que l'accord soit salué par les institutions européennes, notamment par l'Espagne et l'Allemagne, il est vivement contesté en France, en particulier au sein du secteur agricole. « C'est une journée plutôt morose », a rétorqué Manon Aubry, eurodéputée de gauche, à l'AFP. Elle met en garde contre la concurrence déloyale que subiront les agriculteurs européens, évoquant l'invasion sur le marché européen de produits agricoles moins ambitieux sur le plan sanitaire et environnemental.
Ce texte a suscité un vif débat depuis le début des négociations dans les années 1990. D'un côté, ses partisans estiment qu'il pourrait dynamiser l'économie européenne, affaiblie par la concurrence chinoise et les droits de douane américains. De l'autre, ses détracteurs redoutent un affaiblissement de l'agriculture de l’Union européenne face à des importations moins coûteuses ne respectant pas les normes requises.
Diversifier les partenariats
Face aux critiques, Bruxelles a essayé de séduire les opposants en introduisant des garanties supplémentaires pour les secteurs les plus vulnérables. Pourtant, ces efforts n'ont pas suffi à apaiser les craintes. De nombreux agriculteurs, avec des tracteurs et des banderoles, sont venus exprimer leur mécontentement devant le Parlement européen à Bruxelles et Strasbourg. La facilitation de l'accès au marché européen pour les produits tels que le bétail, le sucre, le riz, le miel et le soja sud-américains, a été un point controversé lors de la signature de cet accord, qui a eu lieu en janvier dernier.
Le Parlement européen a également sollicité une vérification judiciaire de l’accord. En attendant la décision de la Cour de justice de l'UE, la Commission européenne a le droit d'appliquer cet accord de manière provisoire, décision controversée qui a suscité une réponse négative de la part de la France et des agriculteurs. Le président Emmanuel Macron a notamment qualifié cela de « mauvaise surprise ».
Ursula von der Leyen, qui a rencontré des réticences, fait face à des critiques directes, mais défend la nécessité pour l'UE de diversifier ses partenariats commerciaux, surtout avec le retour de Donald Trump au pouvoir. Elle a également conclu des accords avec l'Inde et l'Australie en début d'année pour renforcer les échanges. Pour marquer l'entrée en vigueur de l'accord du Mercosur, la présidente de la Commission européenne se réunira virtuellement avec les leaders de ces pays.







