Face à un climat incertain, Thierry Puzelat, viticulteur dans le Loir-et-Cher, redécouvre un cépage oublié. Un défi audacieux qui pourrait façonner l’avenir de la viticulture locale.
Dans les années 1950, le cépage lignage était encore présent à Grouëts, près de Blois, avant de tomber dans l'oubli, à l'exception de quelques pieds cultivés par Thierry Puzelat, dont le père avait préservé les derniers vestiges. "J'ai toujours gardé en mémoire l'idée que le lignage faisait partie de notre terroir." En 1976, une canicule a décimé les dernières vignes, et les survivants ont été replantés dans une parcelle de pinot noir.
En tentant d'inscrire ce cépage au catalogue national, une analyse ADN a révélé que le lignage était en réalité... du gascon ! "Mon père avait été floué !" Néanmoins, l'idée d'un retour est toujours vivante. Selon l'Institut français de la vigne et du vin (IFV), "nous avons retrouvé deux variétés près de Montpellier. Bien que malades, elles ont été 'dévirosées' pour obtenir un bois sain et permettre une prochaine replantation."
Des récoltes prometteuses à l’horizon
Pour 2023, quatre-vingts souches de lignage ont été replantées, avec un objectif de quatre-vingt-dix en 2024 et cent vingt en 2025. "Dans trois ans, nous espérons atteindre trois mille pieds sur un demi-hectare." Les premières récoltes seront envoyées à l'IFV pour analyse. "Nous attendons avec impatience les résultats des microvinifications effectuées en laboratoire, qui seront révélés au printemps 2026." La première vinification officielle interviendra en 2027, avec l'inscription du cépage dans le catalogue prévue pour 2027-2028.
Le lignage, autrefois difficile à cultiver, semble prometteur dans le contexte actuel. "Sa robustesse et son débourrage tardif sont des atouts face aux gelées tardives. On réalise aujourd'hui qu'avec ces cépages locaux, désormais oubliés à cause du gamay, du pinot noir et du sauvignon, nous pouvons produire des vins de qualité même dans les années difficiles. Contrairement à ce qui se pensait, le lignage est parfaitement adapté aux évolutions climatiques contemporaines !" Une fois certifié comme mère de vigne, "ce cépage sera accessible à d'autres viticulteurs."
Thierry Puzelat, gestionnaire du Clos du Tue Bœuf, un domaine de dix-huit hectares composé de multiples cépages, s'investit également dans la préservation de la biodiversité. "Depuis trois décennies, les viticulteurs se soucient de la diversité des cépages, qui possèdent chacun leurs forces et faiblesses. Que ce soit dans notre région ou ailleurs, de nombreuses initiatives visent à restaurer des cépages autochtones." Des cépages anciens, tels que le meslier saint-françois, l’orbois rose et le lignage, regorgent de saveurs oubliées à redécouvrir.







