Emmanuel Macron a parcouru le Salon de l'agriculture à Paris samedi dernier, déambulant parmi les moutons et les cochons en l'absence de vaches. En amont de sa visite, il a échangé avec la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs (JA) et même les membres contestataires de la Coordination rurale (CR), qui avaient d'abord décliné l'invitation.
Avant d'inaugurer l'événement, le chef de l'État a affirmé sa volonté de rencontrer tous les syndicats qui le souhaitent, appelant à une collaboration indispensable face aux crises percutant le secteur agricole.
Cependant, la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole, a renouvelé son boycott des rencontres avec le président, critiquant une "cogestion insupportable" entre le gouvernement et l'alliance FNSEA-JA, qui domine le syndicalisme agricole depuis des années.
En revanche, la CR, dont l'influence grandit et remet en question la suprématie de la FNSEA, a finalement accepté de discuter avec Macron, après avoir initialement refusé de "s'afficher" avec lui dans ce qu'ils appellent un "salon de la souffrance" agricole. Bertrand Venteau, membre de la CR, a exprimé son scepticisme : "Il nous a promis une énième réunion à l'Élysée, mais cela fait deux ans que nous réclamons des actions concrètes."
La réunion, confirmée par l'Élysée, n'a pas encore de date fixée.
- Manifestation des "bonnets jaunes" -
Suite à la rencontre, José Pérez, président de la CR du Lot-et-Garonne, a mené une mobilisation de "bonnets jaunes" dans le hall d'exposition, brandissant des pancartes et exigeant un nouveau rendez-vous avec Macron et tous les syndicats, "dès ce soir, voire cette nuit".
"Les agriculteurs attendaient des réponses claires lors de ce salon. Or, parler de vaches est une honte en soi, car il n'y en a pas ici", a affirmé Pérez devant ses adhérents, tout en appelant à une mobilisation accrue. Les visiteurs ont d'ailleurs été tenus à distance lors de la déambulation présidentielle.
À son arrivée, le président a visité le stand d'un éleveur martiniquais, André Prosper, qui avait dû se résoudre à ne pas amener sa vache brahman, Biguine, initialement prévue comme l'égérie de l'édition 2026.
Après avoir symboliquement coupé le ruban d'inauguration, Emmanuel Macron a dialogué avec la FNSEA et les JA, entendant leurs propositions, en espérant que son poids politique influencera les négociations relatives au budget de la politique agricole commune (PAC) après 2027.
En prévision des enjeux électoraux de mars, des figures politiques affluent au salon, malgré le contexte critique.
Depuis une décennie, le nombre d'agriculteurs en France ne cesse de diminuer, entraînant des manifestations et des actions ponctuées de tracteurs.
- Soutien aux secteurs fragilisés -
La récente intensité des conditions climatiques, notamment les tempêtes et les crues, aggrave le climat pesant parmi les agriculteurs, peu enclins à faire la fête.
Dans l'après-midi, Macron a pris le temps d'écouter les plaintes des éleveurs et a exprimé son soutien envers les filières de volaille, œufs et porc, plaidant pour une simplification des processus de construction de nouveaux bâtiments pour assurer la "souveraineté alimentaire". Il a argué : "On ne peut pas mettre plus de temps à construire un poulailler que pour la rénovation de Notre-Dame".
Le président a également affirmé sa volonté de collaborer avec les préfets pour développer des stratégies de simplification. Il a regretté l'absence de vaches à l'événement, imputée à la dermatose, précisant que la France est "en train de gagner durablement" la lutte contre cette maladie.
"Habituellement, on vient pour admirer les vaches, c'est un peu étrange cette année. Mais c'est un moment convivial qui favorise les rencontres", a exprimé Lisa Picarougne, une étudiante en agronomie, dont la famille possède un élevage de bovins dans le Cantal.







