Résilience et peur sur les rails ukrainiens face à la menace russe

Dans un contexte de guerre, les cheminots font preuve d’un courage exceptionnel.
Résilience et peur sur les rails ukrainiens face à la menace russe
©Handout, AFP - Photo prise et fournie par les secours ukrainiens le 27 janvier 2026, montrant un train ukrainien en flammes après une frappe russe dans la région de Karkhiv (nord-est de l'Ukraine)

"La peur est omniprésente, mais il faut avancer" : des cheminots, témoins d'une attaque meurtrière russe sur un train de passagers, partagent leur expérience avec détermination, soulignant l'importance vitale du réseau ferroviaire en Ukraine.

"Tout s'est joué en un instant", se remémore Anatoliï Tymotsko, chef du train 104 reliant l'est à l'ouest du pays. Le 27 janvier, alors qu'il circulait dans la région de Kharkiv (nord-est), il a aperçu trois drones russes suivre son convoi et a immédiatement demandé à l'équipage de préparer l'évacuation des 223 passagers.

Malheureusement, l'alerte est arrivée trop tard : l'un des drones a touché les rails, provoquant un arrêt d'urgence, tandis qu'un autre a frappé la voiture 16, faisant cinq victimes, d'après les récits de M. Tymotsko.

Des attaques sur les chemins de fer ukrainiens, bien que fréquentes depuis le début de l'invasion en 2022, avaient déjà coûté la vie à de nombreux civils, comme lors de la tragique frappe de la gare de Kramatorsk, qui avait causé plus de 60 morts. Ces incidents rappellent l'importance cruciale des transports ferroviaires en période de guerre.

Des images de la voiture en feu circulant sur les réseaux sociaux ont créé une onde de choc, illustrant la détresse des passagers, dont une mère fuyant avec son enfant dans la neige.

Lors d'une cérémonie à la gare centrale de Kiev en hommage aux "héros du fer", M. Tymotsko et Olga Terletska, hôtesse de wagon-lit, ont ouvert leur cœur à l'AFP.

- "Se sentir impuissante" -

L'enchaînement des events fut chaotique : une attaque initiale, un freinage d'urgence, l'évacuation des passagers, suivie d'une seconde frappe mortelle. "Le chef a crié +Olga, ils vont attaquer! Prépare les passagers!+", se souvient Olga, cheminote depuis 23 ans.

"Nous avons trouvé refuge sous les arbres, avec le froid perçant et la peur. Voir ce wagon brûler sans rien pouvoir faire est extrêmement éprouvant," confie-t-elle.

Rapidement, l'équipage et les secours ont réussi à éloigner la voiture touchée et à évacuer les passagers vers d'autres wagons encore en marche, en direction de Lozova.

Oleksandre Pertsovsky, directeur de la compagnie ferroviaire, précise que les attaques ont un objectif stratégique clair : "couper certaines zones du pays" et "instiller la peur" chez les Ukrainiens, rendant des centaines de milliers de personnes dépendantes de leur mobilité.

"L'ennemi vise à détruire cette ligne de vie que constitue le chemin de fer ukrainien," conclut-il lors de son échange avec l'AFP.

- "Un devoir" -

Avec 23 000 km de voies, le réseau ferroviaire ukrainien, le troisième plus étendu d'Europe, est vital depuis le début de l'invasion. Avec les routes impraticables à cause des bombardements, le train est devenu le seul moyen de transport sûr vers et depuis le pays.

Le train 104 opère entre Lviv, ville de l'Ouest, et Barvinkové, située à environ 70 km de la ligne de front.

Après cette attaque tragique, l'équipage a été mis au repos, prêt à reprendre le service le 7 février. Anatoliï Tymotsko, un ex-militaire ayant servi entre 2022 et 2024, admet que la peur l'accompagne mais il insiste : "C'est notre devoir de continuer au péril de nos vies."

Olga partage ses inquiétudes mais souligne l'unité parmi les cheminots : "Nous sommes une famille, chacun prend soin de l'autre. Personne n'est laissé de côté en cas de crise."

À la gare de Kiev, Volodymyr, 42 ans, se précipitait pour prendre le train vers Chostka, où sa famille l'attendait. "Ma femme est hospitalisée, il n’y a pas de chauffage à la maison et mes trois jeunes enfants dépendent de moi. Le train est ma seule option", confiait-il, la voix chargée d'émotion.

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