Voitures électriques : la course en dents de scie des industriels face aux politiques

Entre fluctuations réglementaires et attentes déçues, l'avenir des voitures électriques s'assombrit.
Voitures électriques : la course en dents de scie des industriels face aux politiques
Le constructeur automobile Stellantis a expliqué ce vendredi avoir surestimé le rythme de ventes de voitures électriques. © Crédit photo : Archives illustration AFP

Entre les revirements des États-Unis et la modification des lignes directrices en Europe, les constructeurs automobiles diminuent leurs aspirations concernant les véhicules « zéro émission ». Des entreprises chinoises en avance, des Européens en quête de direction et des Américains s'efforçant d'inverser la tendance : les stratégies des acteurs de l'électrique dépendent fortement des décisions gouvernementales.

En effet, Stellantis a récemment annoncé des charges exceptionnelles de 22 milliards d'euros, représentant quatre fois son bénéfice net de 2024. Ce changement survient après un constat : l'entreprise a surestimé le rythme des ventes de voitures électriques.

Avant Stellantis, General Motors et Ford avaient également révisé leurs prévisions à la baisse. GM a engagé des charges de 7 milliards de dollars d'ici 2025, tandis que Ford a annoncé 19 milliards de dollars sur une période de trois ans. Antonio Filosa, le directeur général de Stellantis, a confirmé cette tendance : « Nous avons été trop optimistes concernant l'adoption de cette technologie, tant en Europe qu'en Amérique du Nord ».

« Les politiques publiques déterminent le rythme du marché, et c'est Donald Trump qui a freiné l'essor de l'électrique »

Fin des aides à l'achat aux États-Unis

Les décisions de l'administration Trump, ayant réduit les normes d'émissions et supprimé les aides à l'achat pour 2025, pénalisent le marché américain. Les analyses de Matthias Schmidt, expert automobile, soulignent l'impact crucial des politiques publiques, affirmant que « les réformes apportées par Trump ont débranché la prise ». Malgré cette situation, la part de marché des voitures électriques a grimpé à près de 10 % l'année dernière, en comparaison à 2 % en 2019, selon Ember.

Les consultants de Rho Motion envisagent une contraction d'au moins un tiers du marché des véhicules électriques aux États-Unis pour la première fois en sept ans. Dans le même temps, en Europe, les incitations fiscales ont permis une augmentation significative : les immatriculations de voitures électriques en 2025 ont bondi de 30 % par rapport à l'année précédente, atteignant 17,4 % du total des ventes.

Un marché sous assistance en Occident

Le marché européen, soutenu par des aides, contraste avec la philosophie d'innovation de la Chine, où près d'un tiers des ventes étaient électriques l'année passée. M. Crunelle souligne que « la vision industrielle en Chine est cohérente, alliant hardware robuste et excellence en software ». La situation demeure complexe pour les constructeurs occidentaux qui doivent jongler avec diverses régulations qui pourraient freiner leur capacité à innover.

Antonio Filosa a également demandé aux autorités de l'Union européenne des clarifications concernant la vente de modèles utilitaires légers, peu prisés en version électrique, tout en redoutant de lourdes amendes potentielles. Stellantis a déjà provisionné 500 millions d'euros à cet effet.

Alors que la Commission européenne a assoupli l'objectif de zéro voiture thermique neuve à l'horizon 2035, certains acteurs, comme Renault, surfent sur le succès de leurs modèles électriques. Dans ce contexte, les industriels se questionnent : les revirements fréquents et la diversité des régulations nuisent-ils à leur compétitivité et leur stabilité à long terme ?

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