Nous accueillons cette semaine Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, qui a récemment publié son ouvrage "Après l'Occident ?" (Éditions Perrin et Robert Laffont). L'auteur aborde des sujets cruciaux tels que le soutien à l'Ukraine, l'autonomie militaire de l'Union européenne et les relations complexes avec les États-Unis. Dans un contexte tendu, Védrine partage ses réflexions sur les défis que doit relever l'Europe.
Les eurodéputés ont récemment approuvé un prêt de 90 milliards d'euros destiné à aider l'Ukraine face à la Russie, notamment pour l'acquisition d'armements. Hubert Védrine souligne la nécessité de soutenir l'Ukraine tout en préparant un compromis inévitable à l'avenir. Citant des experts américains, il déplore l'approche actuelle des États-Unis envers la Russie : "Ils ont très mal géré la Russie après l'URSS, il fallait agir autrement et reconnaître la Russie en tant qu'interlocuteur. Pourtant, l'opinion publique en France et en Europe tend à exagérer en considérant que tout repose uniquement sur Poutine," explique-t-il.
Concernant l'attitude de Donald Trump, Védrine affirme qu'il "n'a pas abandonné l'Ukraine" malgré ses annonces contradictoires. "Nous sommes dans une situation délicate, et nous manquons de clarté quant à l'avenir de ce soutien," ajoute-t-il.
Un rapprochement inévitable avec la Russie ?
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban s'oppose au prêt accordé à l'Ukraine, une position qui commence à trouver écho chez d'autres dirigeants européens. Védrine souligne que plusieurs pays, y compris la France, réalisent qu’un dialogue avec Poutine sera nécessaire à un moment donné. "Orban, malgré ses critiques, n'est pas isolé ; sa position commence à se répandre, même parmi des leaders comme Macron," fait-il remarquer.
L'illusion d'une autonomie militaire européenne
Les récentes menaces de l'administration américaine de se désengager de l'OTAN inquiètent. Hubert Védrine explique : "Trump n'ira pas au bout de sa démarche. Le complexe militaro-industriel américain tient à maintenir ce lien, car 70% des dépenses de défense des Européens bénéficient aux États-Unis." L'idée d'une autonomie militaire européenne reste, selon lui, un objectif encore éloigné. Les discussions sur la sécurité et la défense européenne sont indispensables, mais "qui prendra les décisions ?" s'interroge-t-il.
Réinventer l'avenir européen
Cette semaine, les dirigeants européens se sont réunis pour discuter de la compétitivité. Hubert Védrine critique un manque d'investissement dans les technologies d'avenir : "Nous avons désindustrialisé au lieu de renforcer nos capacités. Pour l'avenir, il est impératif d'investir dans des technologies respectueuses de l'environnement et innovantes," affirme-t-il.
La dynamique Franco-Allemande en question
Concernant le couple franco-allemand, Hubert Védrine explique qu'il n'existe plus d'harmonie depuis la réunification de l'Allemagne. Les désaccords sur les politiques économiques et énergétiques montrent l'ampleur du fossé entre les deux nations. "Nous devons être plus concrets pour que l'Europe fonctionne mieux," insiste-t-il.
En somme, Hubert Védrine dresse un tableau nuancé des défis à venir et appelle à une action collective plus déterminée de l'Europe face à la Russie, tout en remettant en question le rôle prédominant des États-Unis dans ces relations complexes.
Émission préparée par Agnès Le Cossec, Oihana Almandoz, Perrine Desplats et Isabelle Romero







