Varsovie (AFP) – Un moment sans précédent dans l'histoire de l'Église catholique en Pologne: mercredi commence le procès d'un évêque, accusé d'avoir dissimulé des abus sexuels commis par des prêtres de son diocèse.
Andrzej Jez, évêque de Tarnów, est le premier haut responsable religieux en Pologne à devoir répondre de ses actes devant un tribunal pour n'avoir pas alerté les autorités judiciaires sur des agressions sexuelles sur des mineurs.
Artur Nowak, avocat représentant les victimes, qualifie cette affaire de "spectaculaire" et "sans précédent" dans le contexte polonais. Selon les informations du parquet, Mgr Jez aurait été informé de deux cas d'agressions par des prêtres de son diocèse, dont l'un, Stanislaw P., aurait abusé de 95 enfants de chœur.
Cette affaire émerge dans un contexte où l'Église catholique en Pologne est confrontée à une série de scandales de grande ampleur, dont certains remontent aux années 1980. Bien que ces prêtres n'aient pas été condamnés – l'un d'eux bénéficiant de la prescription et l'autre n'ayant pas encore été jugé – les témoignages des victimes et les demandes de justice se multiplient.
Dans le passé, des procureurs avaient rejeté des enquêtes sur des cas similaires en affirmant que l'obligation de signalement n'était consacrée par la loi qu'en 2017. De son côté, la curie de Tarnów défend Mgr Jez, affirmant avoir signalé de nombreux cas d'abus conformément à une politique de "tolérance zéro".
Une commission indépendante en discussion
Depuis 2020, plusieurs évêques polonais ont été sanctionnés par le Vatican pour avoir négligé leur devoir en matière de protection des mineurs. Des révélations récentes ont même impliqué l'ancien pape Jean-Paul II, dont le silence sur des abus durant son époque d'archevêque de Cracovie suscite de vives critiques.
En 2021, l'Église polonaise a publié des chiffres alarmants: 368 signalements d'agressions sexuelles impliquant 292 prêtres entre 2018 et 2020, touchant principalement des enfants de moins de 15 ans. Ces chiffres sont probablement sous-estimés en raison de la réticence des victimes à s'exprimer.
Face à cette crise, des associations réclament une commission d'enquête indépendante. Les évêques se réuniront en mars pour discuter de la création d'une commission interne, bien que ses réelles prérogatives demeurent floues.
Les répercussions des révélations sur ces abus, associées à des réformes conservatrices concernant l'avortement et le rôle de l'Église dans la vie politique, précipitent la sécularisation de la société polonaise. Selon une enquête du Centre polonais de recherche sur l'opinion publique (CBOS), seulement 34 % des Polonais assistent à la messe hebdomadaire, une chute significative par rapport aux 70 % des années 1990.
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