L'essor des mannequins virtuels créés par intelligence artificielle est en train de bouleverser le secteur de la mode. Entre émerveillement face à ces créations d'une précision incroyable et préoccupations des acteurs du marché, cette avancée technologique soulève de nombreuses questions éthiques et économiques. Les standards de beauté souvent irréalistes qu'elle véhicule pourraient également impacter la santé mentale des consommateurs.
Au sein de l'atelier de Joséphine Peters, directrice artistique réputée dans le domaine de l'IA générative, les mannequins virtuels prennent forme. Grâce à cette technologie, les visuels de ces mannequins sont d'une fidélité saisissante. "Voici des modèles générés par IA, que je crée moi-même. On observe des scènes qui semblent authentiques, comme une mannequin portant des lunettes de soleil avec un fond attrayant", explique-t-elle.
Des images d'un homme en blanc dans le désert à celle d'une femme marchant sur un tarmac, il devient difficile de distinguer le véritable du faux. Utilisant Midjourney, en synergie avec ChatGPT, elle déclare : "Je n'ai qu'à indiquer mes envies pour personnaliser les modèles. Si je souhaite qu'une mannequin porte des lunettes ou tienne un parfum, je peux ajuster tout, de l'éclairage aux angles de vue, tout comme un photoshoot traditionnel."
En trois ans, la demande pour ces mannequins a explosé, avec de grandes marques de luxe prêtant attention à ces nouvelles images, vendues entre 500 et 3 000 euros. « Cet outil représente une approche novatrice de la création, mais il ne remplacera jamais un véritable shooting. L'authenticité des émotions captées, des poses naturelles et des imperfections sont des éléments précieux d'un shooting », affirme-t-elle.
Une tendance qui inquiète les mannequins
Aujourd'hui, des mannequins entièrement générés par IA sont déjà présents sur la couverture de Vogue ainsi que dans les campagnes de marques telles qu'Undies, Guess ou Mango. H&M utilise également cette technologie pour reproduire ses modèles, un progrès qui suscite des craintes, notamment chez Charlotte Lemay, mannequin parisienne de 32 ans.
"Je crains que mon métier ne disparaisse. Pour l'heure, créer un mannequin via IA demeure une rareté, mais je suis persuadée qu'à l'avenir, ce sera inversé. Les mannequins générés par IA pourraient devenir la norme en raison de la réduction des coûts qu'ils impliquent. Cela ne menace pas seulement notre profession, mais aussi celle des maquilleurs, coiffeurs, stylistes et retoucheurs. Tout le monde s'inquiète de sa place dans cette nouvelle ère", confie-t-elle.
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