C’est au terme d’une tournée nippone qu’Adrien Demont a décidé d’utiliser la technique qu’il emploie lors de concerts dessinés pour revisiter un chef-d’œuvre littéraire du Japon.
Dans Train de nuit dans la voie lactée (éditions Morgen), on perçoit une allégorie perpétuelle du mouvement. Tant dans le processus créatif qu'Adrien Demont a entrepris pour adapter cette célèbre nouvelle de Kenji Miyazawa que dans la manière dont il l’a réalisée.
Dès la couverture, on est immédiatement saisi par l'approche artistique. Adrien Demont, en utilisant des craies brutes, réinvente cette histoire comme il le fait lors de ses concerts animés. Sur un écran, il projette des images en négatif, transformant la noirceur en clarté grâce à ses gestes habiles.
« Je suis auteur de bandes dessinées, j’en ai réalisé une dizaine. En parallèle, je tourne avec le musicien Takuma Shindo », raconte Adrien Demont. « Ensemble, nous avons développé des projets liant musique et dessin, jouant dans des lieux aussi variés que des cinémas ou des temples shintos. En 2023, en parcourant le Japon du sud vers le nord, nous avons été en contact avec une organisation d’aide à la reconstruction post-séisme de 2011. C'est dans cette région que Kenji Miyazawa a vécu. »
De « Galaxy Express 999 » au « Voyage de Chihiro »
Arrivé à la fin de cette tournée, malgré la fatigue, il ressent une richesse d’expérience et une technique artistique solidifiée. Il évoque les nombreux trains croisés durant leur parcours, ainsi que l'impact mémorable laissé par Galaxy Express 999 de Leiji Matsumoto, qui est aussi une adaptation de l'œuvre de Miyazawa. « Takuma m’a appris qu’elle est très populaire au Japon et même mentionnée par Hayao Miyazaki dans Voyage de Chihiro », ajoute-t-il.
« En toute mystérieuse façon, je savais que j’avais tous les outils nécessaires et cette mélancolie qui étreignait mes images », explique-t-il. « J’avais une unique idée en tête : lui donner une nouvelle vie avec les techniques développées lors de mes concerts dessinés. »
La nouvelle raconte l’histoire de Giovanni, un enfant d’une famille modeste s’occupant de sa mère malade, qui finit par s’endormir sur une colline. À son réveil, il embarque dans un train à vapeur avec son ami Campanella, voyageant au travers de la voie lactée. L'inspiration de Kenji Miyazawa proviendrait d'un voyage en train qu'il avait fait alors qu'il était profondément touché par la perte de sa sœur.
« Pendant un an, j'ai voyagé à ma manière dans la Voie lactée », confie Adrien Demont. Dans son atelier, une caméra reliée à un vidéoprojecteur transforme ses œuvres en négatifs. Debout, il synchronise ses gestes à l'écran géant face à lui.
« Plein de gratitude »
« En discutant avec des Japonais, j'ai découvert combien la relation à ce récit est particulière. Ils l’apprennent dès leur jeunesse à l'école, et en grandissant, leurs yeux reflètent une mélancolie lorsqu'ils en parlent. C’est une œuvre inspirée par le bouddhisme et l'impermanence des choses », souligne Adrien. Il a réuni ses souvenirs du Japon et de sa vie dans le Sud-Ouest pour recréer ce récit avec sensibilité.
Il a également incorporé des témoignages recueillis dans le Tohoku à propos du séisme et du tsunami de 2011 pour aborder la thématique de la catastrophe au cœur de la nouvelle. « Ce projet contient des hommages à une famille bien connue, ainsi qu'à des personnes rencontrées qui m’ont aidé. Il est rempli de reconnaissance », conclut-il. Tout comme ses craies illuminent le noir, ses œuvres évoquent la beauté sous forme d’étoiles et de planètes. « La création d’un livre est toujours intense, mais celui-ci était incroyablement joyeux, comme un retour de voyage, le désir de partager ce que j’ai vécu. »
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