Le parlementaire de gauche José Maria Balcazar a été élu mercredi à la tête du Parlement péruvien, accédant ainsi automatiquement à la présidence par intérim du pays, dans un contexte d’instabilité politique marquée par la destitution rapide de José Jeri.
À 83 ans, cet avocat et ancien magistrat devient le huitième chef d’État du Pérou depuis 2016, un chiffre qui illustre les turbulences politiques du pays andin. Il exercera ses fonctions jusqu'à l'entrée en fonctions de son successeur, prévue pour le 28 juillet, après les élections de présidentielle d'avril prochain.
"José Maria Balcazar Zalada a été élu président du Congrès de la République. Par conséquent, il assumera l'intérim de la présidence de la République du Pérou", a annoncé le Parlement sur son compte X.
Élu lors d'un second tour, Balcazar a obtenu 60 voix, surpassant sa rivale centriste Maria del Carmen Alva qui en a récolté 46. Ce vote a lieu après un premier tour sans majorité simple, ajoutant une couche de complexité à cette élection.
Balzacar est aussi au centre d'une controverse, ayant déjà été visé par des enquêtes pour des accusations d'appropriation illicite de fonds et de corruption présumée. En 2023, il avait suscité l'indignation en déclarant que "les relations sexuelles précoces aident au développement psychologique futur de la femme", des propos que le ministère de la Femme et plusieurs organisations avaient fermement dénoncés.
L'analyste politique Augusto Alvarez a souligné que la stabilité de Balcazar n'est pas garantie : "On ne peut pas assurer que celui qui remplacera Jeri pourra tenir jusqu'en juillet", a-t-il déclaré à l'AFP.
José Maria Balcazar accède à la présidence par intérim après la destitution de José Jeri, qui a été renvoyé par le Parlement avec 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions, dépassant largement le seuil des 58 voix requis.
Jeri, quant à lui, faisait face à plusieurs accusations d'incompétence, émanant tant de la minorité de gauche que d'un bloc de partis de droite. Deux enquêtes préliminaires pour trafic d'influence présumé ont catalysé sa chute. L'une concernait une rencontre secrète avec un homme d'affaires chinois, tandis que l’autre portait sur la présumée corruption impliquant le recrutement de neuf femmes au sein de son gouvernement.
Dans un message partagé sur TikTok, Jeri a affirmé quitter ses fonctions "le cœur plein et en paix", ajoutant qu'il allait continuer à agir politiquement depuis son siège au Parlement. "Il n'est pas simple de résoudre en quelques mois des problématiques qui ont perduré pendant des décennies, mais chaque étape a été franchie avec conviction, responsabilité et engagement", a-t-il ajouté.
José Jeri n'a passé un peu plus de quatre mois à la tête du pays, illustrant l'instabilité institutionnelle caractérisée par un Parlement aux pouvoirs dominants. Depuis 2016, sur sept présidents, quatre ont été destitués par le Parlement et deux ont démissionné avant de subir le même sort. Seul un chef d'État a pu mener son mandat intérimaire à terme. Dina Boluarte, par exemple, avait été destituée suite à une vague de manifestations contre la montée de l'insécurité.
Le scrutin du 12 avril prévoit un nombre record de plus de 30 candidats à la présidence et un retour à un Parlement bicaméral, soulignant la complexité du paysage politique péruvien.







