Roz-sur-Couesnon (France) – "C'est un véritable désastre." Dans la baie du Mont-Saint-Michel, Yannick Frain, maraîcher et éleveur, a été durement touché par les pluies incessantes qui ont frappé l'ouest de la France, engendrant des crues alarmantes et des pertes considérables.
Il se rend dans son champ de carottes transformé en marécage. "J'ai déjà perdu entre 10 et 15 % de ma récolte, et cela pourrait atteindre 30 % si la situation ne s'améliore pas," déclare-t-il, chaussé de bottes collées à la boue de Roz-sur-Couesnon (Ille-et-Vilaine).

À l'autre bout du département, dans le Lot-et-Garonne, Jean-Pierre Sanz déplore que plus de la moitié de sa production, notamment de kiwis, soit submergée. "Cette plante ne tolère pas l'excès d'eau," explique-t-il, la déception marquant ses traits.
Des terres impraticables, des légumes pourris et des bâtiments inondés... Les fortes pluies ont engendré "des dommages importants, en particulier chez les maraîchers", indique Nicolas Fortin, secrétaire national de la Confédération paysanne, le troisième syndicat agricole. Les surcharges d'eau asphyxient les cultures, y compris celles prêtes à être récoltées.
Près de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), Richard Fontaine voit avec désespoir ses choux pourrir dans les champs, son tracteur étant incapable de pénétrer le terrain devenu trop meuble. "Actuellement, il faut ramasser les céleris à la main pour tenter de préserver ce qui peut l'être," révèle-t-il.

Selon les estimations de la chambre d'agriculture de Bretagne, 20 % de la production de légumes d'hiver pourrait être perdue, faute de récolte possible. Le changement climatique exacerberait ce phénomène, rendant les épisodes de pluie et de sécheresse plus violents, avertit l'hydroclimatologue Florence Habets du CNRS.
"C'est ironique, mais alors qu'on fait face à ces inondations, rien ne dit qu'on n'aura pas aussi une sécheresse en juin," ironise Richard Fontaine.
Nicolas Fortin tempère cependant les craintes en soulignant que "ces pluies hivernales sont moins destructrices que des inondations en mai ou juin." En hiver, les jardins sont moins actifs, mais les inondations peuvent entraîner des retards importants dans la plantation de printemps.
Jean-Samuel Eynard, président de la chambre d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine, alerte sur l'urgence pour les maraîchers de réparer les serres endommagées par le vent, surtout avec le risque de gel imminent. Dans la région, les éleveurs éprouvent également de réelles inquiétudes : les brebis, près d'accoucher, se retrouvent immergées dans l'eau, a indiqué Jérôme Fréville, président de la FDSEA 33.

Une autre préoccupation majeure demeure : le manque de compensation. "La plupart des agriculteurs affectés n'ont pas d'assurance," souligne Nicolas Fortin. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a rassuré, affirmant que "la solidarité nationale sera là" et que le dispositif des calamités agricoles a été déclenché pour les plus touchés, bien que des inquiétudes subsistent quant au processus d'évaluation des dommages.







