La constatation est alarmante : la compagnie aérienne SAS a décidé d'annuler plus de 1.000 vols en avril en raison de la conjoncture actuelle en Iran, qui entraîne une hausse des coûts du carburant. Selon Anko van der Werff, le PDG de SAS, le prix du kérosène a doublé en seulement dix jours. Cette situation blindée latente pourrait engendrer des milliers d’annulations d’ici quelques mois si la tendance se poursuit.
Bien que ces suppressions semblent minimes face aux 800 vols quotidiens de SAS, elles mettent en lumière une tendance plus large. Des compagnies comme United Airlines annoncent également une réduction de 5 % de leurs vols, touchant surtout les lignes moins profitables, tandis que Vietnam Airlines suspend des liaisons jugées financièrement non viables.
Moins de vols en direction de l’Asie, zone la plus touchée
Quelles que soient les décisions politiques autour du détroit d’Ormuz, les variations de prix du carburant se feront sentir longtemps. Xavier Tytelman, un expert en aéronautique, souligne que 90 % du pétrole brut transité par Ormuz est destiné à l'Asie, où les réserves sont souvent insuffisantes. Des pays comme ceux d’Asie du Sud-Est doivent alors faire face à une situation critique où l’absence de carburant pourrait bloquer de nombreux vols.
Ben Smith, directeur général d’Air France-KLM, confirme que l’approvisionnement en Asie est plus risqué. Alors que l'Europe bénéficie de réserves solides, beaucoup de pays asiatiques sont en attente d’arrivages, avec des stocks qui ne couvrent pas toujours leurs besoins immédiats.
Des tarifs en hausse générale
Xavier Tytelman prédit que l’augmentation des prix des billets d’avion sera inévitable. Des experts comme Bertrand Vilmer affirment que certains itinéraires ne générant qu’une faible marge (1 ou 2 %) seront radicalement reconsidérés. Si les prix continuent d’augmenter, les compagnies pourraient réduire le nombre de leurs vols ou mettre certains itinéraires en pause.
Mariane Renaux, une autre spécialiste en aéronautique, évoque la concurrence croissante entre l'avion et d'autres moyens de transport comme le train ou la voiture, surtout en Europe, où le coût de l'argent pourrait inciter les passagers à changer de mode de déplacement.
Vols longs courriers : un paysage changeant
Pour les longs courriers, Air France a déjà programmé des augmentations de 50 à 100 euros, reflétant des coûts fixes qui, malgré les défis actuels, restent plus viables que pour les vols domestiques. Cela pourrait mener à une reconfiguration des lignes aériennes, avec une diminution des vols moins rentables en faveur de destinations prisées.
Norwegian, par exemple, a récemment décidé d'augmenter le nombre de ses liaisons entre les pays scandinaves et certaines destinations en Espagne, un mouvement stratégique pour attirer plus de voyageurs.
Vers plus d'escales ?
Xavier Tytelman avance aussi l'idée que les escales deviendront plus fréquentes. Un trajet direct de Paris à Lima pourrait devenir un Paris-New York suivi d'un New York-Lima, le but étant de préserver la rentabilité. D'après Iza Badin, les compagnies cherchent à maximiser leurs marges, même si cela implique d’augmenter le nombre de connexions.
Au final, la conjoncture actuelle préfigure des bouleversements dans le secteur aérien, où l'avion, malgré sa popularité, pourrait subir la lutte des prix. Le PDG de United Airlines, Scott Kirby, a alerté sur des dépenses supplémentaires de plusieurs milliards de dollars si les tendances actuelles s'ancrent. Le futur du trafic aérien dépend alors de nombreux aléas, à la fois géopolitiques et économiques.







