Jeudi dernier, lors d'une opération menée en Méditerranée, le pétrolier Grinch, lié à la flotte fantôme russe, a été intercepté par les commandos de la marine française. Cette action constitue un geste fort des Européens face aux agissements russes, mais quelle est réellement la portée de leur intervention ?
Le Grinch, selon des informations rapportées par Le Monde, était impliqué dans l'exportation de pétrole russe en contournant les sanctions internationales. Cette approche discrète permet à la Russie d'exporter ses ressources en dépit des restrictions imposées par l'Occident. Cependant, les options et la marge de manœuvre des Européens demeurent limitées, prisonniers d'un cadre légal maritime complexe.
Des experts s'accordent à dire que cette intervention illustre la volonté de l'Europe de montrer à Moscou qu'elle ne tolérera pas l'impunité. Selon une analyse de l'Atlantic Council, l'appui du Royaume-Uni et d'autres nations alliées indique un désir croissant de coopération pour contrer les manœuvres russes en mer.
Accroître la pression
Cette interception est la deuxième en quelques mois, après celle du Boraçay, et marque une escalade dans les efforts européens pour perturber les circuits d'approvisionnement russes. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a applaudi cette initiative, soulignant l'importance de couper les financements russes pour son armée.
Pourtant, les défis persistent. Le droit maritime international, bien que garantissant certaines protections, complique la traque des navires soupçonnés d'être sous pavillon de complaisance. La plupart des pays européens hésitent à agir en haute mer, estimant que la portée de leur autorité est limitée, comme l'explique Elisabeth Braw dans ses recherches.
Ce que permet le droit
Les opérations en haute mer doivent respecter la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, ce qui amène à des interprétations variées des États. Le seul cadre légal permettant d'intercepter un navire en haute mer est le droit de visite, stipulé à l’article 110 de la CNUDM. Le contre-amiral français Laurent Bechler a précisé que la Marine française a utilisé ce cadre pour intercepter le Grinch.
Une fois arraisonné, le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour établir la légitimité des soupçons. Cela soulève des questions sur la possibilité de saisir le navire ou de confisquer sa cargaison. En raison des restrictions juridiques, les cas d'arrestation aboutissant à des saisies sont rares.
Des arraisonnements sporadiques
Le mode opératoire obscur de ces pétroliers, avec des propriétaires souvent basés dans des juridictions opaques et un usage fréquent de transpondeurs éteints, rend leur localisation difficile. Comme le souligne Igor Delanoë, cette lutte contre la flotte fantôme est un véritable « jeu du chat et de la souris », où les Européens tentent de frapper au portefeuille de la Russie sans offusquer de potentiels acheteurs comme la Chine ou l'Inde.
Dans ce contexte tendu, le défi reste immense, surtout face à une flotte fantôme qui pourrait compter jusqu'à 1400 navires. Les efforts pour intercepter ces bateaux sont coûteux et nécessitent une coordination logistique significative.







