Dans la deuxième ville de Corse, le climat électoral s'annonce pour le moins incertain. Étonnamment, Gilles Simeoni, président de l'Exécutif de Corse, prend les rênes d'une majorité municipale qui n'est pas dirigée par le maire sortant, Pierre Savelli. Ce retour inattendu donne aux municipales un air de territoriales, avec six listes en lice menaçant le fief nationaliste.
Cette élection est scrutée avec attention par l'ensemble de l'île. En effet, l'impact dépasse de loin le simple cadre municipal. Une éventuelle défaite de Gilles Simeoni pourrait altérer la dynamique du pouvoir régional. C'est ici, à Bastia, que son ascension a commencé en 2014, lorsqu'il a renversé un bastion radical de gauche tenant depuis un demi-siècle.
Ce fut un véritable tremblement de terre politique, un an plus tard, il s'installait à la tête de la région, marquant une ère de gouvernance forte qui a redéfini la collectivité de Corse, intégrant les départements.
La décision surprenante de Gilles Simeoni
Après une décennie à se concentrer sur son mandat à Ajaccio, Simeoni a choisi de revenir à Bastia pour porter la lutte électorale. Il s'engage d'ailleurs, en cas de victoire, à abandonner la présidence de l'Exécutif corse. Cette démarche suscite à la fois surprise et interrogation chez ses partisans.
Pourquoi faire ce choix ? Pourquoi désavouer un maire qui, selon ses propres mots, a rempli sa mission ? Les enjeux se trouvent dans la territorialisation du scrutin, surtout face à l’ancien allié, le maire de Porto-Vecchio, Jean-Christophe Angelini, qui pourrait également préfigurer une lutte pour les élections territoriales de 2028.
Un revers à Bastia : un danger pour l'avenir du nationalisme ?
La liste de Gilles Simeoni, « Bastia inseme », est confrontée à une opposition forte, comprenant les autonomistes, les indépendantistes et les socialistes. La présence de six listes en compétitions est inédite et témoigne des tensions politiques grandissantes sur l'île. Les coalitions se forment, comme celle autour de Julien Morganti, incluant diverses sensibilités.
À la gauche du spectre, deux autres listes sont menées par le communiste Francis Riolacci et le jeune Sacha Bastelica. Deux listes d'extrême droite renforcent également le paysage électoral, en particulier celle de Nicolas Battini, soutenue par le Rassemblement national, qui a récemment connu une montée significative dans l'opinion publique.
Nicolas Battini, qui a un passé judiciaire lié au terrorisme, remporte l'attention, notamment avec le soutien de Marine Le Pen, qui a loué son discours. « Sa transformation est exemplaire », a-t-elle déclaré.
In fine, ce scrutin s'annonce comme un moment clé pour Gilles Simeoni et le nationalisme corse. Une défaite à Bastia pourrait signifier un véritable tournant pour cette mouvance, qui se veut la première force de l'île depuis une décennie. Le retour aux sources pourrait bien faire basculer l'équilibre du pouvoir, là où tout a commencé.







