La popularité du mezcal, cette eau-de-vie emblématique du Mexique, continue de croître, mais pas sans conséquences. Alors que les amateurs du monde entier, notamment aux États-Unis, se ruent sur cette boisson, les forêts mexicaines sont menacées par une déforestation alarmante.

Le pays abrite 75 % des variétés d’agaves, essentielles à la production de mezcal. Selon le Conseil mexicain de réglementation de la qualité du mezcal (Comercam), cité par Vanguardia, la production a explosé, passant d’un million de litres en 2010 à plus de onze millions en 2023. Cette bulle de consommation a conduit à la destruction de 34 953 hectares de forêts, remplacés par des monocultures d’agave.

Conséquences environnementales sévères

La catastrophe écologique est corroborée par une étude de Rufino Sandoval García, chercheur à l’université technologique des Vallées centrales d’Oaxaca. Il affirme que l’expansion des terres agricoles pour l’agave accélère l’érosion des sols et affecte la capture de quatre millions de tonnes de carbone par an.

En 2022, des acteurs de l'industrie du mezcal ont reconnu le besoin urgent d'une production plus durable, rapportait l’édition locale d’El Universal. Pourtant, ces efforts semblent insuffisants face à l’ampleur du désastre, mettant en lumière l’énorme impact de la production de 300 litres de mezcal qui nécessite 6 000 litres d’eau et 2 100 kilos de bois de chauffage, en plus de la gestion des déchets générés par la distillation.

Les problèmes ne s'arrêtent pas là. Dans l'État de Puebla, par exemple, les plantations d’agave perturbent les écosystèmes, notamment celui des chauves-souris Leptonycteris nivalis, essentielles pour la pollinisation des agaves. En raison de la récolte précoce de la plante, la population de ces chauves-souris a chuté de 50 %, rapporte El País América.

L’agave en tant que solution et défi

Du côté des communautés locales, comme celle de San Pedro Totolápam, la situation est ambivalente. Bien que les petits producteurs bénéficient de l’essor du mezcal, ils luttent pour coexister avec des industries dominées par des marques internationales.

Luis Cruz Ruiz, un producteur local, souligne que sa famille a pu sortir de la précarité grâce à l’agave, affirmant : “Mes enfants ont pu aller à l’université grâce à [cette plante]”. Cependant, Félix Monterrosa Hernández insiste sur le fait que cette activité n’est pas un véritable commerce, mais un moyen de subsistance, relevant le défi de vivre dignement de cette production :

“Nous passons tant d’années à planter l’agave, à en prendre soin, à la cultiver délicatement, pour finalement vendre le litre [de mezcal] à 150 pesos [environ 7 euros]”
. Cette réalité est également soutenue par d'autres producteurs qui se plaignent du manque de soutien gouvernemental face à leur dépendance économique par rapport à l’agave.

[Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 29 mars 2026 et republié le 29 avril]