La situation de la maternité de la clinique Navarre à Pau suscite de vives préoccupations. La future restructuration ne fait qu'aggraver une tendance déjà alarmante, avec un recul constant du nombre d'établissements depuis deux décennies. Les futures mamans devront parcourir davantage de distance pour accéder aux soins en 2026 qu'en l'an 2000.
Depuis mi-novembre, les employés de la polyclinique Pau Pyrénées naviguent dans l'incertitude. La direction a récemment révélé un déficit de 6 millions d’euros prévu pour 2025, touchant non seulement la maternité mais aussi les secteurs de l’oncologie et des urgences. Ce groupe, racheté par le bordelais GBNA en 2021, a fusionné la clinique Navarre et le site Marzet en 2022, mais une telle configuration semble guère améliorée malgré les espoirs de redressement.
Les syndicats montent au créneau, suscitant une rarissime saisie des comptes après des inquiétudes soulevées lors du dernier comité social et économique. "Certes, nous constatons une baisse de la natalité, comme c'est le cas au niveau national, mais la situation n'est pas aussi dramatique qu'annoncé", déclare une élue CFDT, soulignant qu'an passé, le déficit était de seulement deux millions d'euros. Ce recul de 100 accouchements entre 2024 et 2025 paraît insuffisant pour justifier le déficit croissant.
-50 % d'accouchements en dix ans
La direction de la clinique, absente dans les échanges récents avec la presse, a promis des éclaircissements aux équipes avant la fin du premier trimestre. Les doutes persistent parmi le personnel qui s’interroge sur les véritables intentions de la direction. "On a la sensation qu'il ne faut pas agiter le débat avant les élections", confie amèrement une soignante, insistant sur la nécessité de garantir l'accès aux soins.
L'agence régionale de santé (ARS) avait exprimé, par le biais de son délégué départemental, une "inquiétude sur le devenir de la maternité de la clinique". Toutefois, un silence palpable s'est instauré depuis. L’hôpital public voisin, qui a récemment ouvert un pôle mère-enfant, pourrait reprendre certaines des activités si nécessaire. Des rumeurs concernant un rachat par un groupe privé plus solide circulent également.
À l'échelle nationale, 40 % des maternités ont disparu depuis 1996.
La santé de la maternité n'est pas nouvelle, le recul des naissances observé ces dix dernières années a révélé une chute alarmante des accouchements à la clinique de Navarre, passant de 1 700 en 2015 à 900 en 2025. Les défis qui assaillent la maternité paloise ne sont pas isolés. Entre 2023 et 2024, quatre maternités privées ont déjà fermé dans la région, sans parler des établissements publics.
À l’échelle de la France, le déclin est frappant : en 2000, 720 maternités étaient en activité, contre seulement 444 en 2024. Deux décrets de 1998 régissant la qualité des soins sont souvent pointés du doigt comme responsables de cette érosion, en favorisant des établissements mieux équipés aux dépens de ceux jugés moins compétents. Actuellement, seuls une centaine de maternités de type 1 restent en service, alors que plus de quarante départements n’en disposent plus.
Dans le contexte actuel où 5,7 % des femmes enceintes résidaient à plus de trente minutes d'une maternité en 2000, cette proportion est montée à 7,6 % en 2017, avec des chiffres encore plus préoccupants projetés pour 2026.







