ENTRETIEN. À l'occasion de la venue du pape Léon XIV à Monaco, samedi 28 mars, l'abbé Christian Venard — délégué épiscopal à la communication et aumônier de la force publique — partage ses réflexions sur cet événement marquant.
Valeurs actuelles. Comment la visite du pape est-elle accueillie sur le rocher monégasque ?
Abbé Christian Venard. La réaction initiale a été celle de la surprise, car un tel événement ne figurait pas parmi les attentes immédiates, bien que nous savions que le pape était en faveur de cette visite. Ainsi, un moment d’étonnement a teinté les premières réactions.
Depuis lors, une vague de reconnaissance s’est déployée : d’abord envers le prince, qui a maintenu un dialogue constant avec le Vatican durant deux décennies, et ensuite envers le pape, qui nous honore de sa présence, offrant ainsi une exception à notre petite communauté catholique monégasque.
La dernière visite papale remonte à plusieurs siècles, n’est-ce pas ?
Il est vrai qu’il y a eu très peu de visites papales à Monaco. À titre d’exemple, on peut mentionner le pape Alexandre III, qui a traversé Monaco au XIVe siècle, mais ce n’était pas une visite en tant que telle. Par conséquent, cette rencontre constitue une première historique tant pour le pape que pour Monaco.
Le prince lui-même a noté qu’une connexion s’est établie entre lui et le pape, soulignant un moment de communion.
Pourquoi, selon vous, le pape a-t-il choisi Monaco ?
Il est difficile de répondre précisément, car seul le pape connaît ses motivations intimes. On peut spéculer sur des conversations suggérant que Monaco n’est pas particulièrement connu pour ses enjeux socio-économiques difficiles. Cela dit, le pape a le droit de tendre la main à toutes les couches de la population de Dieu, et Monaco, malgré son image, en fait partie. De plus, des relations diplomatiques solides existent depuis longtemps entre Monaco et le Vatican.
Un autre point à souligner est que le pape et le prince parlent la même langue maternelle, ce qui crée un terrain d'entente. La proximité des deux hommes a certainement joué un rôle. Et n’oublions pas que Monaco reste l’un des derniers États catholiques sur la planète.
Au-delà de la personne du pape, l’essentiel demeure l’accueil de Christ.
Cela trouve-t-il un écho dans le contexte de la religion d'État ?
Oui, effectivement, la religion catholique est l’unique religion d’État, tel que stipulé dans l’article 9 de la Constitution. Cela engendre des implications parfois méconnues dans le monde contemporain. Par exemple, lorsque le prince a déclaré qu’il ne permettra pas l’étude d’une loi pour élargir l’avortement, il a pris une position qui, à bien des égards, semble inconfortable dans le monde occidental.
Cette fidélité à la foi et à l’Église dans un contexte sécularisé a sans nul doute touché le pape. En ce sens, peut-être désire-t-il nous soutenir. Cependant, il reste à lui poser la question.
Pour les chrétiens, il ne s'agit pas d'attendre des annonces, mais plutôt un renforcement de notre foi.
Attendez-vous un message particulier de sa part ?
Non, comme le dit notre évêque, Mgr David, nous accueillons le pape avec un cœur ouvert. S’il vient, c’est sous le thème Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. Loin d’être une simple figure devant laquelle il faut applaudir, le but est de nous indiquer le chemin vers le Christ.
Le pape, en tant que vicaire du Christ, incarne cette mission fondamentale de nous orienter vers Jésus. Les attentes ne se portent pas sur des messages spécifiques, mais sur la fortification de notre foi.
Il convient de lui laisser l’espace nécessaire pour exprimer ce que l’Esprit Saint a soufflé à son cœur. Il pourrait, comme Léon XIV a suivi les traces de Léon XIII, évoquer des thématiques sociétales comme l’importance de la charité, la justice sociale, et le partage.
La doctrine de l’Église procure un équilibre essentiel entre le respect du droit à la propriété privée et la solidarité envers les plus démunis, comme le souligne le pape François.
Ce voyage ayant lieu à la veille de la Semaine Sainte apparaît comme un signe de la Providence : pour suivre le Christ, il faut d’abord envisager la Semaine Sainte avant la résurrection. Je perçois de nombreux éléments providentiel dans cette visite.
Comment se déroulera la journée du pape ?
Pour résumer, le pape arrivera en hélicoptère à Monaco, accueilli à 9 h à l’héliport. Il sera ensuite conduit au palais princier pour une rencontre officielle. C’est une première, car le pape se présentera publiquement aux fenêtres du palais, où le prince prononcera un discours suivi d’un message du pape adressé à la foule, composée uniquement d’habitants monégasques, rassemblant 6 000 personnes.
Ensuite, il se rendra à la cathédrale pour une célébration traditionnelle, entouré du clergé de Monaco en présence d’autorités gouvernementales et des forces vives de la région.
Les jeunes de Monaco, 2 500 au total, attendront le pape, parmi lesquels 70 catéchumènes qui célébreront leurs baptêmes à Pâques.
Puis, il se déplacera vers l’église Sainte-Dévote pour une prière silencieuse, avant de s’adresser à la jeunesse monégasque. Enfin, le pape assistera à une messe au stade Louis-II, rassemblant environ 15 000 personnes. Il conclura sa visite en saluant des personnes en difficulté avant son départ vers Rome, prévu vers 17 h 30.







