Les professionnels du droit anticipent des défis significatifs et un besoin d'"industrialisation" de leur profession pour gérer cette "grande transmission" des 9.000 milliards d'euros de patrimoine des "baby-boomers". En effet, cette génération, née après-guerre, est en train de passer l'âge où elle doit envisager la transmission de ses biens.
Actuellement, le montant annuel des successions oscille entre 300 et 400 milliards d'euros, mais ce chiffre pourrait grimper à 600 milliards avec l'arrivée des biens de cette grande génération d'ici 2040, selon le livret blanc publié jeudi par la Chambre des notaires de Paris.
Ce mouvement est largement attribué à la disparition prochaine des enfants des "baby-boomers", qui détiennent une grande part du patrimoine français, dont la valeur a connu une hausse considérable, notamment en raison de l'envolée des prix immobiliers.
"Le choc d'héritage a déjà commencé. Nous assistons à une accélération des transmissions, également influencée par des incertitudes fiscales", déclare Sophie Thibert-Belaman, première vice-présidente de la Chambre des notaires de Paris.
Ce transfert colossal de richesse, qui dépasse de plus de deux fois et demie le montant de la dette publique française actuelle, suscite de nombreuses convoitises politiques. Plusieurs personnalités, tant à gauche qu'au centre, soutenues par des économistes, appellent à une taxation plus élevée des héritages dans le cadre de l'élaboration successive des budgets de l'État.
Une adaptation nécessaire face à la complexité des successions
Pour les notaires, cela signifie un travail accru. "Nous devons nous préparer à ce que nos solutions artisanales ne soient plus suffisantes", met en garde Pierre Tarrade, président de la Chambre des notaires de Paris. "Peut-être faudra-t-il envisager une industrialisation du processus, notamment en intégrant l’intelligence artificielle pour se concentrer sur les aspects qualitatifs des décisions."
Un autre défi pour cette profession sera de s'adapter à la complexité des successions modernes, incluant les familles recomposées, les couples binationaux, ainsi que les actifs numériques, comme les cryptomonnaies. En l'espace de trois décennies, la proportion de couples avec enfants parmi les ménages français a chuté de 37 % à 24 %. Actuellement, 10,4 % des enfants vivent dans une structure familiale recomposée.
"50 % des successions ne sont pas conventionnelles, et cela pourrait devenir la norme", affirme Pierre Tarrade.
Selon le livret blanc, la grande transmission devrait de plus en plus passer par des mécanismes anticipés tels que les assurances vie, le démembrement de propriété ou les pactes Dutreil, qui permettent d'accélérer l'âge auquel on reçoit une part significative de capital. La structure France Stratégie estime que près de 60 % du patrimoine global des ménages provient d'héritages.







