Ce samedi 21 février, le Venezuela a libéré quatre-vingts prisonniers politiques dans le cadre d'une loi d'amnistie qui concerne au total 379 individus, comme l'a rapporté Jorge Rodriguez, président du Parlement, à l'Agence France-Presse.
Cette loi, adoptée par les députés et promulguée jeudi dernier, a été mise en place sous la pression des États-Unis par la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, qui a pris le pouvoir après l’arrestation de Nicolas Maduro lors d'une opération militaire américaine le 3 janvier.
Lors d'une interview télévisée, le parlementaire Jorge Arreaza avait déclaré que « ces personnes doivent être libérées et amnistiées entre ce soir et demain matin », précisant que le ministère public avait introduit des demandes d'amnistie auprès des tribunaux compétents.
Néanmoins, certains experts s'interrogent sur l'impact réel de cette amnistie : un nombre significatif de détenus, notamment des policiers et militaires accusés d'activités qualifiées de « terroristes », ne serait pas éligible à cette mesure. En outre, la loi ne couvre pas intégralement la période allant de 1999 à 2026, notamment sous les présidences d'Hugo Chavez et de Nicolas Maduro, se limitant à des événements spécifiques.
« Bilan négatif »
Aux abords des prisons, de nombreuses familles attendent avec impatience la libération de leurs proches. Selon l'ONG Foro Penal, 448 prisonniers politiques ont été relâchés depuis le début de l'année, mais près de 650 autres restent derrière les barreaux.
Alfredo Romero, le directeur de Foro Penal, a souligné lors d'une conférence de presse que « l’amnistie n’est pas automatique », déplorant les complexités procédurales à suivre pour en bénéficier. Ali Daniels, de l’ONG Acceso a la Justicia, a quant à lui exprimé que le bilan de cette loi est « négatif », en raison des nombreuses personnes laissées de côté et des « graves déficiences structurelles » du système.
L'opposant Juan Pablo Guanipa, qui a été détenu pendant neuf mois pour « conspiration », a récemment annoncé qu'il était désormais totalement libre. « Nous allons tous nous battre pour que ce qui vient de commencer devienne une réalité et que nous ayons la démocratie, la liberté pour tous et à égalité ! », a-t-il déclaré lors d'un rassemblement à Maracaibo, appelant à des élections.
De son côté, Edmundo Gonzalez Urrutia, candidat de l'opposition exilé en Espagne, a affirmé qu'aucune « réconciliation durable » ne serait possible sans « mémoire » et « réparation ».
Delcy Rodriguez, soumise à une forte pression américaine, avait promis une réforme judiciaire et une amnistie dès le 30 janvier. Elle a également fait adopter une loi sur le pétrole, ouvrant le secteur au privé, et amorcé une normalisation des relations avec les États-Unis, interrompues depuis 2019.
Réagissant à l’annonce de cette amnistie, Madrid a exprimé son intention de demander à l'Union européenne de lever les sanctions en vigueur contre la présidente intérimaire du Venezuela.







