Militante féministe engagée, Diane Richard a décidé de quitter le mouvement #Noustoutes en raison de son silence face aux victimes du 7 octobre. Dans son récit, elle expose sa profonde désillusion.
Diplômée de Sciences Po, Diane Richard a rejoint en 2021 #Noustoutes, le collectif phare du mouvement féministe français, émergeant des vagues de #MeToo. Elle s'est investie pleinement dans l'organisation de marches et d'initiatives visant à lutter contre les violences faites aux femmes, allant jusqu'à choisir le militantisme comme mode de vie, aux dépens de sa carrière à l'Unesco.
Elle se rappelle : "Ces femmes... un combat et un désir communs nous unissaient... Nous étions sœurs de lutte". Cependant, les dérives du mouvement ont rapidement commencé à se faire sentir.
Un changement de cap : l'antiracisme en priorité
Le choc se produit en juin 2023 avec l'affaire Nahel Merzouk. La mort tragique de ce jeune de 17 ans par un policier provoque des émeutes à travers la France, et les mouvements de gauche réagissent rapidement. Bien que les actions de #Noustoutes soient initialement en soutien aux violences policières, Diane Richard remarque que les questions féministes sont mises de côté. "La priorité, c'est l'antiracisme", lui confie une camarade militante. Cette nouvelle orientation bouleverse la dynamique interne du collectif.
Quelques mois plus tard, l'attaque du Hamas contre Israël et les images de violences sexuelles à l'encontre des femmes israéliennes créent une onde de choc dans le militantisme. Alors que #Noustoutes tarde à dénoncer ces actes, le slogan central "Je te crois" commence à se fissurer face à des priorités qui semblent se déplacer vers d'autres causes.
Un point de non-retour
Refusant de se taire, Diane Richard témoigne dans Libération des tensions au sein de mouvements militants. Son intervention la transforme en cible sur les réseaux sociaux, où d'anciennes camarades l'accusent de compromettre leurs vies.
"L'heure n'est plus à la défense des femmes," explique-t-elle. La priorité a désormais changé. Diane décrit des moments troublants, où les proches de victimes de féminicides se voient dire que ces événements sont moins essentiels que d'autres luttes. Cette hiérarchisation des victimes fait partie des nombreuses fractures qu'elle déplore dans le mouvement féministe actuel.
Dans son ouvrage, Lutter sans se trahir, récit d’un féminisme confisqué, Diane Richard plaide pour un féminisme inclusif, où toutes les femmes, peu importe leur origine, sont défendues à égalité. Cependant, lors de la marche du 8 mars, les préoccupations féministes semblent reléguées au second plan, au profit d'une rhétorique anti-fasciste et anti-raciste.







